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Mercredi 21 octobre 2009


"  - [… ] notre monde n’est pas le même que celui d’Othello. On ne peut pas faire de tragédies sans instabilité sociale. Le monde est stable, à présent. Les gens sont heureux ; ils obtiennent ce qu’ils veulent, et ils ne veulent jamais ce qu’ils ne peuvent obtenir. Ils sont à l’aise ; ils sont en sécurité ; ils ne sont jamais malades ; ils n’ont pas peur de la mort ; ils sont dans une sereine ignorance de la passion et de la vieillesse ; ils ne sont encombrés de nuls pères ni mères ; ils n’ont pas d’épouses, pas d’enfants, pas d’amants, au sujet desquels ils pourraient éprouver des émotions violentes ; ils sont conditionnés de telle sorte que, pratiquement, ils ne peuvent s’empêcher de se conduire comme ils le doivent. Et si par hasard quelque chose allait de travers, il y a le SOMA… […] "


Mustapha Menier, Grand Administrateur d’Europe Occidentale






Bon, je sais, je sais... mais mieux vaut tard que jamais… !!!


C’est sans doute dû au syndrome du sempiternel " Quoi ? Tu n’as jamais lu ce bouquin ? Mais tu sors d'où bonhomme ??? " que je n’avais jamais daigné, par pur esprit de contradiction, ouvrir les premières pages du " Meilleur des Mondes " d’Aldous Huxley. Je suis tombé dessus l’autre jour par hasard, et donc, j’ai décidé de réparer mes " lacunes " en m’en emparant avidement, caché dans un arbre avec un paquet de petit beurre, à l’insu de tous.


Le moins que je puisse dire, c’est que, après la relecture/préface de l’auteur ( effectuée 20 ans plus tard ) un peu saoûlante, je suis resté complètement scotché au roman, sans pouvoir le lâcher d’un gramme de page.


C’est à la fois grotesque, terrifiant et passionnant.

Grotesque dans les personnages principaux ( ne serait-ce que dans leurs prénoms et noms " de famille ", un numéro de série aurait peut-être mieux fait l’affaire ) et dans les situations dans lesquelles ont les rencontre, dans lesquelles ils sont confrontés. Grotesque dans leurs habitudes, leur ressemblances, leur stérilité et leur superficialité commune. Grotesque mais logique : ils sont tous issus d’une éprouvette…


Terrifiant lorsqu’on commence à apercevoir le système de " castes " ( les Alpha, les Bêta, les Epsilon…) et la toute puissance du SOMA, efficiente drogue qui permet de " prendre congé de la réalité " à toutes ces castes, de la supérieure " intellectuelle " à l’ inférieure " corvéable " … " Gin de la victoire " ? ? ? C’est un parallèle un peu facile avec Orwell, certes, mais qui pose le problème suivant : celui qui produit et distribue le SOMA est le véritable dirigeant… de la fourmilière !


Passionnant par l’histoire en elle-même, que je n’aurais pas ici l’audace de divulguée, mais qui grâce à un malencontreux " accident " nous confronte grosso modo cette utopie glacée du " plaisir immédiat " avec la théologie " morale " du " plaisir à venir après la souffrance ".


Un excellent bouquin, à triple, quadruple, quintuple fond …


"  Le Meilleur des Mondes "
( Brave New World )
– Aldous Huxley – 1932 – Pocket – ( traduction de l’anglais de Jules Castier )

  

Par Alex Ram
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Lundi 12 octobre 2009


– Vous me demandez quelque chose d’original et viril, moi je vous réponds : le "seppuku" que les vulgaires appellent "Hara-Kiri" – terme argotique. Bon ça je ne le conseille pas à tout le monde car c’est un truc de sportif !

Mishima Tuvache






Même si c’est sous certains augures de rigolades et d’absurde profondément " Monty-Pythonnesque " qu’on aborde " Le magasin des Suicides " de Jean Teulé, c’est un petit roman sincère, atypique et vraiment bien fichu que l'on découvre. 

Si je ne peux ( ou veux ) pas trop raconter la trame, je peux quand même décrire le décor. L’histoire se passe donc dans un magasin du futur ( noir le futur ) où les propriétaires et gérants ( vraisemblablement établis là depuis plusieurs générations ), M. et Mme Mishima et Lucrèce Tuvache, vendent des marchandises ( corde de chanvre, revolver jetable à un coup, poisons en tout genre, parpaings de noyade etc ) destinées à se donner la mort.


Et la clientèle ne désemplie pas dans ce "Magasin des suicides". La vendeuse Lucrèce ne dis d’ailleurs jamais " au revoir " à ses malheureux clients ( et pour cause ! ). Ce couple de commerçants " respectables " ont trois enfants : Vincent ( Van Gogh ? ), Marilyn ( Monroe ? ) et Alan ( Turing ? ). Et alors que Vincent et Marilyn sont d’incurables désespérés de la vie, Alan, le cadet,  pose vraiment un problème de taille à ses parents : il semble aimer la vie et déborde de joie de vivre, et change à toute la famille sa morbide façon voir les choses…


Je parlais des "  Monty Python " certes, mais, pour ma part, les fantômes d’André Franquin, de Nicolas Gogol, de Tim Burton ( ou l'influence de ce dernier plutôt, vu qu'il est toujours vivant ) ou encore de Pierre Desproges ne rôdent pas très loin…


" Le Magasin des Suicides "
- Jean Teulé – Pocket 2007


PS : Deux autres excellents  et " immanquables " bouquins de Jean Teulé :

L'excellent " Le Montespan " et la géniale bande-dessinée " Je voudrais me suicider mais j'ai pas le temps " avec les dessins de Florence Cestac.  

 

 

Par Alex Ram
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Mardi 3 mars 2009
" Les écrits vous ont appris que Muad’Dib n’avait sur Caladan aucun camarade de jeu de son âge. Les dangers étaient bien trop grands. Mais Muad’Dib avait de merveilleux éducateurs et amis. Ainsi, Gurney Halleck, le guerrier-troubadour. Tandis que vous avancerez dans ce livre, vous chanterez certaines de ses ballades. Muad’Dib avait aussi Thufir Hawat, le vieux Mentat, le Maître Assassin du Duc, Thufir Hawat qui suscitait la terreur même dans le cœur de l’Empereur Padishah lui-même. Et il y avait aussi Duncan Hidao, le Maître d’Armes du Ginaz, et le docteur Wellington Yueh, dont le nom, noir de trahison, rayonnait pourtant de connaissance… Et Dame Jessica, qui éducait son fils à la manière Bene Gesserit ainsi que, bien sûr, le Duc Leto, dont on ignora longtemps les vertus paternelles."

Extrait de Histoire de Muad’Dib enfant par la Princesse Irulan



Impossible de passer à côté du monde de « Dune », le chef d’œuvre de Franck Herbert…

Un grand univers, tragique, violent et féodal, baroque et très bien foutu. Et une plongée dramatique dans un avenir lointain hallucinant, une tragédie grecque moderne que Shakespeare aurait adorée, j’en suis certain.

Très riche, ne serait-ce qu’en termes utilisés :
Planétologie, Langage de bataille, Kwisatz Haderach, Martyrs Fremens, Bene Gesserit, Bene Tleilax…
Ça change des sabro-lasers, des Ewoks et des djédailles….

Deux « Maisons » s’affrontent dans une guerre totale: Les Harkonnens de Geidi Prime et Les Atréides de Caladan, sur un fond d’excellentes intrigues et sur les sables d’une antique planète : Arakkis, plus connue sous le nom de Dune, réservoir de la puissance stellaire absolue, l’épice ( parallèle évident avec le pétrole bien sûr ) qui est la seule capable de faire voyager les milliards d’humains qui peuplent l’Empire Galactique.

C’est vraiment excellent. Un découpage cinématographique/théâtral quasiment parfait.

Et je vous invite surtout à lire les préquelles de Brian, le fiston, à savoir
« La Maison des Atréides »
« La Maison des Harkonnen »
« La Maison des Corrino »

On découvre dans ces trois bouquins la jeunesse de Léto Atréides, de la Révérende Mère Gaius Helen Mohiam et celle de Vladimir Harkonnen mais aussi celle de Gurney Halleck et de Duncan Hidao, tous deux originaires de Geidi Prime ( Existences abominables : on comprends d’ailleurs alors la haine totale que ces deux -excellents- personnages vouent aux Harkonnens … ).

Je me suis par contre arrêté au « Messie de Dune ». A mes yeux ça devient vraiment trop délirant et « messiano-mystique » par la suite…( Les Enfants de Dune, L'Empereur Dieu de Dune etc…).

Le fiston Brian a, par contre, fait du très bon boulot avec son ami Kevin J.Anderson, en puisant dans les notes du padre ( selon la rumeur enfermées dans le coffre d’une banque... ) C’est hyper savoureux, et une fois commencé le premier tome, on ne peux lâcher que très difficilement l’univers.

« La Maison des Atréïdes » - 2000
« La Maison des Harkonnen » - 2001
« La Maison des Corrino » - 2002 – Brian Herbert et Kevin J.Anderson - Traduit de l’américain par Michel Demuth – Robert Laffont et en poche chez Presses Pocket. ( couvertures de Sparth )




Par Ram-Ram
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Samedi 7 février 2009

" Je viens d’un lieu où la présence du crapaud fouisseur est un événement et où le scarabée est un personnage. "


Duvurai, Momie réincarnée




        J’en parlais à mon pote Jean-Jean de Moisson Noire il y a quelques jours, du coup ça m’a donné envie de me replonger dedans. Et je n’ai pas été déçu, j’ai même été encore plus charmé par ce bouquin atypique qu’à la première lecture.


De nos jours , au point de confluence des limites territoriales des états de Chihuaha, Durango et Coahuila
au nord du Mexique, dans une zone connue sous le nom de " Zone du silence ", une sorte de " triangle des bermudes " désertique, une violente course-poursuite perpettrée par un " Narco-Baron ", s’engage dans le sang. On va croiser des Momies, des Chamans, des esprits millénaires, des coyotes, des strip-teaseuses en fuite, des chasseurs de météorites, des NarcoBandidos psychopathes…

 

"[…] L’histoire de Roque Coyote qui les fascinait le plus était celle du poète français ayant débarqué au pays des Tarahumaras pour écrire sur la danse du peyotl, là où les montagnes sont parsemées de signes et les rites marqués par les rayons d’un soleil noir.  " Un mardi quelconque d’une année dont je ne me souviens pas , un poète français était attablé dans une cantina, en train de boire une tequila, lorsque soudain un pistolero moustachu fit irruption. Il s’adressa au poète et lui demanda :


- Comment tu t’appelles ?
- Antonin Artaud.

- D’où tu viens ?

- De la Francia.

- Tu fais quoi dans la vie ?

- J’escrito des versos.

- Qui tu veux voir mourir ce soir ?

- Moi.


Le poète avait cru que toute cette conversation était pour rire. Mais pas du tout. Le pistolero lui vida le chargeur dans la poitrine et ressortit de la cantina. Voulant couvrir son crime, l’assassin vint trouver mon grand-père et lui demanda de fabriquer un substitut du défunt. Pour mille pesos en or, mon grand-père réalisa une doublure parfaite et le mort retourna en France en bateau, mais fou à lier.[…] "


C’est un roman très très riche et d’une belle prose. Pour la déco et l’ambiance ça me rappelle un peu les bouquins de Castaneda, voire aussi McCarthy mais avec beaucoup plus d'onirisme. On est vraiment transporté dans un univers mystérieux, beau et terrifiant à la fois où la vie et la mort, le présent et le passé, le tellurique et le céleste demeurent en totale osmose, indissociables.

Un très beau voyage. Noir mais beau.

 

La Zone du Silence ( La Zona del Silencio ) Homero Aridjis – 2001 – Mercure de France -
Bibliothèque étrangère
 ( traduit de l'espagnol par Christilla Vasserot )



PS : Pour ceux qui poseront un orteil au prochain Salon du Livre de Paris, Homero Aridjis y sera invité car le Mexique est à l’honneur cette année, comme vous le savez.

Par Ram-Ram
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Samedi 10 janvier 2009



"  […] Au milieu des années 1980, quand les sans-abri apparurent pour la première fois comme un problème national urgent, nous étions prêts à nous y attaquer de manière traditionnelle, avec compassion et intérêt humain, ce que j’appelle l’approche "  sandwich & sympathie ". Toutefois, dés que le lien avec le crack fut connu de tous – avec cette idée sous-jacente que les sans abri étaient complices de leur propre indigence- un tas de personnes commencèrent à se dire qu’elles avaient accordé leur compassion à des personnes qui ne la méritaient pas, et l’opinion publique ne tarda pas à se modifier.


Aujourd’hui, vous entendez des gens se faire traiter de " homeless huggers " avec le même mépris réservé autrefois aux " nigger lovers ". Si les sans-abri " légitimes " peuvent encore être considérés comme chanceux par quelques rares personnes, les drogués, particulièrement ceux qui vivent dans les rues, sont catalogués comme des " misérables ",indignes de toute considération humaine.


Durant les dix années que j’ai passées dans la rue, à me droguer moi aussi, j’ai rencontré quasiment tous les types de camés. Et je peux vous dire une chose : même si certains d’entre eux , moi y compris, sont parfaitement capables de commettre des actes immoraux en étant drogués – comme vous et presque tout le monde-, je ne peux pas dire que l’un d’eux était une personne immorale.


Certes, un drogué est capable de vous agresser pour se payer sa dose. Un alcoolique pourrait même vous tuer dans un accès de fureur avinée. Mais cela a peu de rapport avec la morale. C’est une vérité prouvée cliniquement : les substances qui agissent sur le psychisme , comme l’alcool ou la drogue, déconnectent le centre moral du cerveau. Que vous soyez prêtre ou violeur d’enfants, l’effet est toujours le même : vous n’êtes plus gouverné pas votre conscience et ça empire progressivement avec le temps.


Evidemment personne ne braque une arme sur la tempe de quelqu’un pour l’obliger à boire ou à se droguer. Et c’est une idée répandue qui veut que la consommation de drogue et d’alcool soit une activité que les gens dotés de sens moral évitent par nature et à laquelle succombent immédiatement les individus immoraux. Les alcooliques et les drogués convergent systématiquement sur ce point.


Mais c’est complètement faux.


La vérité, c’est que, aussi longtemps qu’un drogué croit à cette théorie, il y a peu de chances qu’un changement se produise. Les drogués- et j’inclus les alcooliques dans ce terme – sont des absolutistes. Avec eux, c’est tout ou rien. En fait leur principal défaut, c’est leur incapacité de se plier à l’image d’ordre et de perfection à laquelle nous aspirons tous, au fond. Pour un drogué, c’est l’Eden ou rien […] "

Lisez-le les gens !!!!

Un hiver à New-York ( Grand Central Winter ) - Lee Stringer - 1998

Par Ram-Ram
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Jeudi 11 décembre 2008

" (…)  conte randu  3

5 mars... Le Dr Strauss et le Pr Nemur dise que pour lancre sur les cartes sa na pas dunportance. Je leur ait dit que c’est pas moi qui ait renversé lancre sure les cartes et que jai rien pu voir dans lancre…. (…) "






Grand, énorme, fantastique... c'est un bouleversant bouquin que " Des Fleurs pour Algernon "


On assiste a la montée en " intelligence " de Charlie Gordon, seul et unique narrateur, un " simple d’esprit " employé dans une misérable boulangerie de Brooklyn, volontaire pour une opération scientifique visant à accroître ses capacités intellectuelles …. ( et en parallèle celles d’Algernon, une souris déjà rendue supra-intelligente… )

Et le miracle se produit pour l’homme comme pour la souris, les " résultat-produit " vont bien vite dépasser leurs maîtres…


" ( …. ) Jai dit au Dr Strauss que Miss Kinian me fais jamais passé de tests come sa seulement lire et écrire. Il a dis que Miss Kinian lui a dit que jété le mailleure éleve au cours dadulte attardé à l’école bikman et que ja vais vraiman envie dapprendre, et que jen avais bien plus envie que des gens qui son plus un teligen que moi. (…) "

 

J’ai presque envie de dire qu’il s’agit d’une sorte de Frankenstein à l’envers, ou alors en bien plus alambiqué. Les étapes de compréhensions, d’appréhensions de Charlie vis à vis du monde qu’il découvre sont espacées, jalonnées et on assiste vraisemblablement à une effroyable , terrifiante et inévitable métamorphose schizophrène ( deux personnalités distinctes se fondent dans un seul et même esprit, avec pour toile de fond un seul et même inconscient... )    Ce qui était à Charlie interdit de voir ou de comprendre lui apparaît au grand jour, violemment… et il va à la fois tout gagner et tout perdre , avec une terrifiante lucidité, clarté qu’il a acquise avec cette même intelligence accrue….


" (…) 26 août : Lettre au Pr Nemur


Comme vous le savez, mes recherches sont terminées. J’ai inclus dans mon rapport toutes mes formules de même que les analyses mathématiques des données indiquées dans l’index.

Les résultats sont clairs. Les aspects les plus spectaculaires de ma rapide ascension ne peuvent dissimuler les faits. Les techniques de chirurgie et de chimiothérapie dévellopées par vous et le Professeur Strauss doivent être considérées comme n’ayant – à l’heure actuelle – que peu ou pas d’application pratique pour l’accroissement de l’intelligence humaine… (…) "


Critique acérée de la recherche monomaniaque ( universitaire ou scientifique ) , "  Des fleurs pour Algernon " est aussi un fantastique essai " écologique " et " bioéthique ", poignant aussi par le parallèle que l'on peut aisément faire avec la maladie d'Alzheimer . Et c’est aussi un magnifique roman d’amour.... ne vous marrez pas…


Un sujet passionnant, une prose très intelligente, inventive et plus que convaincante.


A lire et à relire de toute urgence


Des Fleurs pour Algernon -  ( Flowers for Algernon )  Daniel Keyes 1959 - éditions J'ai lu -


 

Par Ram-Ram
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Jeudi 23 octobre 2008

" Les accords de Nouméa, signés en 1998, ont officialisé le mot kanak et l’ont rendu invariable, soulignant la dimension paternaliste et coloniale du terme usuel canaque . "




Ecrit en 1998 par Didier Daeninckx, " Cannibale" débute dans la Nouvelle-Calédonie des années 1970-80, avant de faire un saut en arrière de plus de 50 ans, avec le récit autobiographique de Gocéné, kanak " expédié " à Paris pour l’Exposition Coloniale de 1931.


On va assister à une histoire hallucinante, celle de deux jeunes kanak, Badimoin et Gocéné, échappés de l’exposition et arpentant la capitale comme deux fugitifs, à la recherche d’une partie de leurs frères, incessamment sous peu ré-expédiés au zoo de Francfort dans le cadre d’un odieux " échange"...


Et le Paris que vont visiter les deux amis malgré eux va s’avérer noir et crépusculaire…
Un Paris à la Tardi...


Alors qu’ils sont poursuivis par la police dans les couloirs de la Gare de l’Est, un homme leur vient en aide, mais pas " n’importe lequel "  :


"  […] - Tout le monde nous court après, et toi tu nous aides. Pourquoi ? Tu ne nous connais pas, tu ne sais rien de nous…
- On a un peu la même couleur, bien que vous ne veniez pas d’Afrique, et quand des Noirs sont poursuivis par des policiers, je ne sais pas pourquoi, je suis du côté des Noirs. Moi je suis sénégalais. Je suis né en Casamance. Presque tous les jeunes de mon village sont morts à Verdun. A cause des gaz…Les soldats blancs ne voulaient plus monter à l’assaut, et c’est à nous, les tirailleurs des troupes coloniales, que le général a demandé de sauver la France. On s’est dégagé de la boue des tranchées au petit matin sans masques, poussés par la police militaire et les gendarmes qui étaient protégés, eux, et qui abattaient les frères qui essayaient de fuir le nuage de mort… Je me suis jeté dans un trou d’obus. Il y avait un cadavre. Je me suis barbouillé avec son sang, et j’ai fait comme si j’avais été touché… Le nuage planait au-dessus de moi… Je n’en n’ai respiré qu’un peu… Cela fait quatorze ans que je suis sorti de ce trou, mais le souvenir est toujours là, devant mes yeux. […] "

C’est un petit bouquin d’utilité publique : lisez-le les gens !



" Cannibale "
- Didier Daeninckx – 1998 – Gallimard



A lire aussi du même auteur et sur le même sujet ( et on y retrouve Gocéné ! ) : " Le retour d’Ataï " aux éditions Verdier

 

Par Ram-Ram
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Vendredi 17 octobre 2008



Je voue un culte innommable à son travail…

J’égorge des caniches et j’écartèle des poissons-chats en psalmodiant son nom, au bois de Vincennes,  chaque nuit de noire lune… Je révère Môonsieur Frédéric Bézian, l’un des plus grands auteurs de Bandes dessinées de tout les temps. ( et merci à Mam’zelle Cui-Cui de Malakoff de me l’avoir fait découvrir, il y a longtemps déjà ). 

Vous pensez que j’abuse ? Que j’ai encore trop forcé sur le babybel ? Et vous avez sans doute raison mais c’est que vous n’avez probablement pas, pauvres mortels, frissonné de terreur en parcourant les planches du Maître dans "La Trilogie Sarlech"…

...ça fout vraiment la trouille…
 




On a affaire à de l’angoisse et du malaise quasiment palpable à chaque page, décrits à grand renfort de traits ultra-nerveux . J’ai d’ailleurs parfois l’impression qu’il trempe carrément un cutter suraiguisé dans de l’encre de chine avant de dessiner ses planches. Il n’empêche , ses personnages et ses décors sont somptueux, servis par une gamme de couleurs fantastiques. Beau à pleurer.


Ses trois histoires ( en une ) me rappellent grandement la " Chute de la Maison Usher " de Poe, avec son univers "glauquo-incesto-décadent" des grandes familles bourgeoises du 19ième, avec une touche de Maupassant et de Kafka en plus , et sa grandiose " Danse des Morts " m'a souvent rappellé l’univers désespéré d’H.P. Lovecraft.


 A lire seul, une nuit d’orage, à la lueur d'un cierge, dans une église en ruine située en pleine forêt…


Trilogie Adam Sarlech

- Adam Sarlech - 1989
- La chambre nuptiale - 1991
- Testament sous la neige – 1993 -
Version intégrale 2001 - Les Humanoïdes Associés

Sa fiche/bibliographie sur bdparadisio

Par Ram-Ram
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Lundi 13 octobre 2008



Rarement une bande dessinée, ou tout ouvrages confondus d’ailleurs, ne m’a autant ému que " Les pilules bleues " de Frederik Peeters ( Et c'est dire car  dieu sait si j’ai un cœur de pierre ! ). C’est un bouquin à mettre sur la même étagère que " Maus " de Art Spiegelmann ou " Persepolis " de Marjane Satrapi, bijou qui a véritablement sa place dans cette fantastique génération de bds autobiographiques.

Mais surtout : ne pas le laisser prendre la poussière sur cette étagère, car c’est un bouquin à prêter, à offrir, à partager, à transmettre…




Ses dessins et son univers sont à tomber, son humour est incisif et l’histoire qu’il raconte est avant tout une superbe et touchante histoire d’amour ( oui , çà existe ! ). Et on est loin de tomber dans le mélo ( même si les yeux picotent sérieusement à certains passages…), tellement le récit est bourré de trouvailles narratives intelligentes et de petites idées géniales…
Touchant, et en plein dans le mille.


" Les Pilules Bleues "
Frederik Peeters – 2001 – Editions Atrabile – Collection Flegme

 ( Allez voir aussi son tout récent et excellent BLOG d'un tout autre style... )

PS : Et merci encore à Hélène.

Par Ram-Ram
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Samedi 11 octobre 2008



Bouquins ( encore ! ) découverts sur " Moisson Noire ", " La mémoire courte " & " Le noir qui marche à pied " de Louis-Ferdinand Despreez sont à la fois de très bons polars et une grosse pépite d’or d’informations et de témoignages concernant la société Sud-Africaine , pré & post-apartheid. Despreez a d’ailleurs choisi d’écrire ses romans en français, langue qu’il maîtrise parfaitement.


C’est une vision brute, un constat réaliste et sans pudeur, à travers son personnage principal, le superintendant Francis Zondi, certes très sombre mais sans être totalement désespérée. Et cette vision , loin d’être manichéenne, nous permet de comprendre que la " Libération " est loin d’avoir amener paix & harmonie pour tous les habitants de la " Nation Arc-en-ciel ". Je vous propose deux extraits qui illustrent assez bien le propos de l'auteur :


A propos d’une femme au foyer " Blanche " des quartiers huppés :


"  (…) Linda avait tout pour être heureuse, sauf le bonheur ; elle vivait chez les talibans de Waterkloof, dans une villa avec piscine derrière un mur serti de fil de fer barbelé, entre un jardinier analphabète et une bonne mal dégrossie, gavée de gospel ou de soap opera, ce qui revient au même. Elle avait peut-être un chien, même deux. Linda ne connaissait sans doute même pas le nom de ses voisins…Son existence était consignée au triangle de la désespérance suburbaine : la maison, l’école, le supermarché, avec probablement le dimanche, pour déraciner en elle tout désir d’évasion, une mortelle randonnée familiale à l’église.(...) "


A propos de la Nation Sud-Africaine :


"  (…) Cette Afrique du Sud, qu’elle soit affligée de la réductrice épithète de nouvelle ou d’ancienne, le Capitaine Zondi l’aimait de toute son âme et de ses tripes mais il la détestait de toute sa tête….Un pays devenu une vraie nation depuis la fin de l’apartheid en 1994, mais une nation devenue un paradoxe permanent, excessivement fatiguant quand, comme lui, on avait autre chose à faire que de pisser à longueur d’année du jus de crâne sociologique comme les chercheurs de Wits, de Pretoria University ou les journalistes étrangers, grands consommateurs de clichés noir et blanc et qui ne comprenaient de toute façon rien à rien. Bien sûr qu’on ne traitait plus son jardinier de kaffir en s’esclaffant grassement devant les copains et qu’on s’asseyait tous dans le même bus ou le même pub sans même penser à la bêtise insondable d’un demi-siècle de ségrégation, mais il restait qu’on était pas tous pareils… Et que ça n’avait pas grand-chose à voir avec la couleur de la peau, en tout cas pas seulement…(…) "


Pour revenir aux bouquins, aux polars à proprement parlé, c’est particulièrement glauque et violent …presque insoutenable à certains moments. Le ( très attachant ) personnage de Francis Zondi me fait un peu penser à celui de Lloyd Hopkins de James Ellroy ( en moins sanguin et moins névrosé certes ) car ils partagent tout deux cette espèce d’idéalisme " chevaleresque " tout en restant parfaitement intègre à une certaine moralité : la leur ! Le parallèle, maladroit peut-être, me semble quand même intéressant lorsque je songe à la " naissance " du personnage de Lloyd Hopkins, qui se déroula lors des terribles émeutes ( et de la terrible répression )  du quartier noir de Watts à Los Angeles à la fin des années 1960 ( lire le prologue de " Lune Sanglante " ).


" La mémoire courte "
2006

" Le noir qui marche à pied " 2007

Louis-Ferdinand Despreez – Editions Phébus

 

 

 

Par Ram-Ram
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C'est qui lui ?

  • : Alex Ram
  • ocreoctobre
  • : Illustrateur Spagetthophage
  • : 18/08/1977
  • : Paris Moulinsart

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